The Master : l’art de maîtriser le récit selon Paul Thomas Anderson.

13 Jan
   Avec déjà six prix et douze nominations, c’est un véritable coup de maître qu’opère Paul Thomas Anderson dans son film The Master, sortie en salle le 9 Janvier 2013. Freddie revient brisé d’une guerre qu’il a mené dans le Pacifique. Malgré les petits boulots qu’il enchaine sans succès, il ne peut s’empêcher d’oublier son vice : une gnôle artisanale dont lui seul a le secret. Ajoutez à cela un tempérament violent qu’il est incapable de contrôler et vous obtenez une véritable bombe à retardement. C’est en rencontrant un jour Lancaster Dodd que sa vie prend un tournant. Ce dernier, connu sous le surnom du « Maître », est le meneur charismatique d’un mouvement appelé La Cause.
freddie

Freddie Quell incarné par le talentueux Joaquin Phoenix

   C’est donc Freddie, un homme brisé qu’Anderson nous propose de suivre tout au long de son film. Le réalisateur manie avec une grande virtuosité les temporalités qu’il entremêle et entrechoque afin de nous faire part du parcours de cet ancien soldat. Des flash-back et des images récurrentes parsèment le récit durant tout le film. On retrouve ainsi le plan d’une mer emplie d’une trainée d’écume laissée par le passage d’un bateau à trois reprises. Ce plan note à chaque fois l’idée de rêve et d’évasion. Lors de la séquence du « traitement informel » avec le maître, Freddie est soumis à un exercice de questions/réponses. C’est grâce à ce mécanisme que le souvenir surgit. Ainsi, Freddie n’est plus qu’un simple ancien soldat alcoolique fortement touché par la guerre, il devient tout simplement un homme, rien de plus. Un homme qui a eu une liaison amoureuse à laquelle il a mis un terme et dont le souvenir reste ancré en lui. C’est sur ce contraste que joue Anderson tout au long du film. Comme tout le monde, son personnage principal est doté d’une part d’ombre mais c’est avant tout un être humain. Joaquin Phoenix a su retranscrire avec brio cette fragilité et cette violence grâce à la dimension carnassière qu’il confère à son personnage.

   Au sein de La Cause Freddie va trouver, pour un temps, une seconde famille. Néanmoins, c’est surtout dans le rapport complexe qu’il entretient avec le Maître qu’il va s’épanouir. En effet, les deux hommes sont autant fascinés l’un par l’autre mais la nature de leurs sentiments n’est en rien similaire. Pour Freddie, le Maitre va s’avérer être une figure paternelle présente pour lui. Il l’avoue lui-même, ce qu’il recherche c’est « le bon éclairage » et durant plusieurs mois c’est dans la voix du Maître qu’il va le trouver. En revanche, si ce dernier est fasciné par l’ancien soldat c’est parce qu’il voit en lui le parfait rat de laboratoire capable de se plier à ses expériences les plus fantasques. Il crée spécialement pour lui le « traitement informel ». Ainsi, il retire toute forme de spontanéité à Freddie et lui inculque à l’inverse l’automatisme.

la cause

La Cause entoure son Maître.

   Anderson aborde ainsi le phénomène des sectes à travers ses deux personnages contrastés et complexes. Bien que le réalisateur nie tout rapport entre son film et la Scientologie, on ne peut s’empêcher de créer un lien avec, car elle aussi a vu le jour en 1950. Néanmoins dans la Cause de Lancaster Todd, le Maître est loin d’être le seul acteur majeur de ce petit groupe. Son épouse, incarnée par l’époustouflante Amy Adams, se révèle être une femme redoutable, sachant prendre des décisions radicales pour le bien du groupe à tout moment.

T.M.J

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