Syngué Sabour, les hommes qui n’aimaient pas les femmes.

24 Fév
   Après avoir marqué le monde littéraire en 2008 en recevant le Prix Goncourt pour Syngué Sabour – Pierre de Patience, son auteur revient avec son œuvre mais revêtant cette fois-ci la casquette de réalisateur. Mercredi 20 Février 2013 sortait ainsi en salle sa version cinématographique du même nom, réalisée par Atiq Rahimi.
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Syngué Sabour, le portrait d’une femme se libérant peu à peu du poids de sa vie.

    A Kaboul, un soldat est plongé dans un profond coma depuis plusieurs jours à la suite d’une balle reçue dans la nuque. Sa femme prie nuit et jour à son chevet afin de le ramener à la vie. Elle est finalement contrainte à fuir avec ses deux petites filles pour les mettre à l’abri chez sa tante et pour ainsi échapper à la guerre qui fait rage dans son quartier. Malgré cela, elle retrouve chaque jour son mari pour s’occuper de lui. Petit à petit, la jeune femme va entrevoir une autre façon d’appréhender cette nouvelle relation qui s’offre à elle. Elle va donc se livrer sans détour à son époux inconscient, faisant de lui sa pierre de patience, pierre qui a la capacité d’absorber comme une éponge tous les secrets les plus intimes de son propriétaire, jusqu’au jour où elle explose.

   Atiq Rahimi met en scène dans son long métrage une femme prisonnière. Tout d’abord d’un mariage sans amour qui dure depuis dix ans avec un héros de guerre froid et distant.  Malgré cela, elle va continuer de s’occuper de lui jour après jour. Le réalisateur présente alors les tâches qui vont devenir le quotidien de la jeune femme : elle s’occupe de lui administrer le fameux sérum qui va le maintenir en vie, elle le lave, change ses vêtements… Petit à petit, l’héroïne va réduire en pièce cette prison à travers un nouvel aspect de la relation qu’elle entretient avec son mari jusqu’à maintenant inconnu : la parole. Quel doux plaisir que de se sentir écoutée par l’homme qui partage notre vie. Nous assistons alors à de longs monologues ponctués par des flash-back qui nous en apprennent plus sur le passé de cette femme loin d’avoir été gâtée par les hommes de sa vie.

   Il y a d’abord son père, parieur de combats de cailles et sans aucun doute dénué de fibre paternel. Puis son époux absent. Absent lors de ses fiançailles, absent même le jour de son mariage. Le seul homme qui semble capable de ressentir une once d’humanité est le jeune soldat qu’elle rencontre durant la guerre. Et encore, la prenant pour une prostituée il la paie et l’oblige à coucher avec lui inaugurant ainsi de façon singulière sa première expérience sexuelle. C’est avec un plaisir vengeur que nous assistons alors au dénouement. La femme sans nom que nous suivons depuis plus d’une heure se transforme alors en femme fatale mettant fin aux jours de son époux d’un coup de couteau. Sa pierre de patience éclate enfin, et c’est avec le sourire aux lèvres qu’elle se libère

   Nous terminerons simplement sur le fait que Syngué Sabour est l’agréable découverte cinématographique de la semaine. Malgré un scénario qui peut paraitre s’essouffler du fait de la répétition des monologues, nous sommes conquis par le jeu sincère de Golshifteh Farahani.

T.M.J

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