Wong Kar-Wai sublime le kung-fu avec The Grandmaster.

21 Avr

   Il aura fallu près de dix ans à Wong Kar-Wai pour terminer son projet The Grandmaster, sorti sur nos écrans le 17 Avril 2013. Après avoir voyagé dans toute la Chine et avoir fait face à de nombreux contretemps, comme la blessure au bras de son acteur fétiche Tony Leung Chiu Wai, le cinéaste hongkongais nous livre sa lecture de la vie, entre fiction et réalité, de celui qui a été le mentor de Bruce Lee, Ip Man.
The Grandmaster Zhang Ziyi

Gong Er, interprétée par Zhang Ziyi, lors d’un affrontement décisif.

   Pendant près de quarante ans, Ip Man a vécu une vie paisible et prospère entouré de sa famille. Sa position d’homme fortuné lui a permis de se consacrer à la maîtrise du Wing Chun, l’une des branches du kung-fu. En 1936, le Grand maître Gong Baosen qui dirige l’Ordre des Arts Martiaux Chinois cherche son successeur. Cela va alors entrainer une grande division entre les différentes écoles d’arts martiaux du pays, à l’image des bouleversements politiques que connait la Chine avec l’occupation japonaise. Malgré une histoire d’amour impossible, Ip Man et Gong Er, la fille de Baosen, vont chacun de leur côté faire face aux aléas de l’histoire et aux nombreux complots à travers la pratique des arts martiaux.

   Dès la première séquence du film le ton est donné. En effet, Wong Kar-Wai met en scène le kung-fu à travers l’image légendaire d’Ip Man, mais pas seulement. Il le sublime, magnifiant chaque mouvement avec sa caméra. Le montage se fait tantôt rapide, puis plus lent pour ne laisser aucun doute quant à la prouesse technique de ses acteurs. La séquence s’achève sur un portail ouvert qui nous invite à entrer dans cet univers presque saint, où chaque mouvement compte au millimètre près. Le film puise sa force dans sa maîtrise mais pas seulement au niveau des combats à proprement parler. La caméra nous met aussi en scène un ballet, ne cessant de jouer avec les gros plans sur ses personnages, comme pour nous les livrer pleinement dans toute leur complexité. Il en va de même pour des éléments qui pourraient paraitre à première vue insignifiants. Wong Kar-Wai capte chaque détails : un insert sur les miettes d’un gâteau traduit la victoire d’Ip Man, une goutte de pluie ensanglantée sur le trottoir rend compte avec pudeur de la violence d’un combat. Le cinéaste nous montre comment un seul plan peut donner du sens avec poésie, loin de tout artifice. C’est avec cette même beauté qu’il filme ses personnages. Une chanteuse du Pavillon d’Or nous est dévoilée avec une suite d’inserts sur sa robe qui remonte peu à peu pour nous la faire découvrir entièrement.

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Ip Man, incarné par Tony Leung Chiu Wai, fait une démonstration de ses talents au Pavillon d’or.

   L’histoire de The Grandmaster navigue entre plusieurs décennies, montrant ainsi la manière dont le réalisateur joue avec le temps. La narration se fait tantôt linéaire, puis survient un flash-back. De la même manière, on survole plusieurs années avec des ellipses rapides pour se concentrer sur un événement fort. La plus belle démonstration de ce jeu avec le temps a lieu dans la séquence de l’affrontement entre Gong Er et Ma San. Le temps du passage d’un train, ils vont disputer un combat décisif pour la suite de la lignée Gong, pourtant Wong Kar-Wai allonge la scène avec finesse, jouant avec la fumée de la locomotive et avec la neige qui recouvre le sol. En effet, le réalisateur joue aussi avec les éléments : l’eau, avec les scènes de combat sous la pluie, le feu, avec l’explosion de la photo de famille d’Ip Man pour nous montrer son éclatement futur à l’image de l’occupation japonaise qui plongera le pays dans le chaos. Il y a enfin une dimension aérienne avec un jeu sur la fumée, qui donne un caractère presque onirique à certaines scènes.

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Le combat entre Gong Er et Ma San.

  
   The Grandmaster est un film à voir absolument, autant pour sa photographie que pour la beauté des combats. Wong Kar-Wai a su sublimer avec justesse et finesse cet art ancestral.

T.M.J

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